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Annexe
B
Les
langues parlées à Nice
depuis le Moyen Age
Le Duc
Emmanuel-Philibert, pour s'affirmer, se démarquer de la France
et accroître son prestige, avait besoin, outre le français,
d'une autre langue de renom : après avoir pensé au piémontais
(langue très influencée par le provençal), il
choisit en définitive la langue toscane de Dante, plus riche
en prosateurs et poètes de toutes sortes. Il institua le bilinguisme
dans ses États en 1562 : les deux langues officielles du Duché
de Savoie étaient donc le français pour la Savoie et
le Val d'Aoste et l'italien de Toscane pour le Piémont et le
Comté de Nice, bien que, à part l'accent tonique, le
nissart et le piémontais fussent très différents
de l'italien.
Le
français qui avait été, jusqu'à 1562,
la seule langue officielle des États de Savoie donc du Comté
de Nice, était assez répandu en Piémont et
à un moindre degré à Nice. Les Savoyards et
les Valdôtains parlant déjà, plus couramment,
le français ou le "franco-provençal", il
était logique de ne pas modifier outre mesure leur situation
: Emmanuel-Philibert a pris vraisemblablement sa décision
d'affectation linguistique avec l'intention d'assurer un certain
équilibre entre les deux langues et d'essayer de faire "vivre"
l'italien dans les régions où ses sujets s'exprimaient
relativement moins en français mais plus généralement
en nissart, en gavouot ou en piémontais et accentuaient les
mots d'une façon analogue, sur les pénultièmes
(avant dernières) ou antépénultièmes
syllabes. Il s'ensuivit que, dans le Comté de Nice, nombre
de textes officiels, d'affiches, d'actes notariés et de documents
divers étaient rédigés en italien.
Il
est indiscutable cependant que, dans la vie de famille et les rapports
sociaux, la population a toujours parlé très majoritairement
nissart, comme c'était encore souvent le cas dans les années
1930.
Outre
les " élites" qui ont pu poursuivre leurs études
à Turin ou à Aix en Provence, la masse des Niçois
avaient l'obligation et de multiples occasions d'utiliser l'italien
et le français, en dehors de leur nissart de prédilection.
Les exemples de cette situation de trilinguisme sont nombreux au
19ème siècle : catéchismes en nissart, actes
officiels en italien, enseignement au choix dans les écoles,
soit en français soit en italien, enseignes et factures de
la plupart des commerçants en français (relations
régulières avec la Provence française et hivernants
cosmopolites parlant le français, langue élégante
et dominante chez les grands du monde européen du moment)
...
Il
faut rappeler également que le Duché de Savoie a connu
deux périodes de protectorat français (1452-1559 &
1630-1690), que la France a longtemps été présente
dans une partie du Piémont (au Marquisat de Saluces et à
Turin notamment ...).
N'oublions
pas en outre les quarante années françaises de Nice,
sous Louis XIV, la Révolution et le 1er Empire et les conflits
qui ont amené les Français, à plusieurs reprises,
à l'occuper, après l'avoir assiégée.
L'influence
française s'était donc exercée à Nice,
en fait, depuis fort longtemps ...
Notons
enfin que l'assimilation française, après 1860, de
nombreux immigrés italiens a été grandement
facilitée par la "Nissardité" qui leur était
plus familière que la culture française. Provenant
en effet, pour beaucoup d'entre eux, de la partie du Piémont
qui est demeurée sous l'influence provençale puis
française jusqu'au 18ème siècle, les nouveaux
arrivés utilisaient, avec un accent tonique analogue, soit
une langue régionale d'Oc, qui reste encore vivace de nos
jours dans la "Minouranço Prouvençalo" des
vallées alpines italiennes, soit la langue piémontaise
qui, parlée à la Cour de Turin et très différente
de l'italien, avait fortement subi l'influence provençale
et française.
On
peut dire en conclusion que les langues parlées à
Nice, du 17ème au 19ème siècle, étaient
le nissart en tout premier lieu, le français et l'italien
à un bien moindre degré, avec, vraisemblablement,
un léger avantage du français en général
ou de l'une ou de l'autre de ces deux langues suivant les secteurs
géographiques et les catégories sociales.
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