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Interview de Pierre-Olivier Chaumet PDF Imprimer Envoyer
Samedi, 22 Juillet 2006 16:28

louis-xiv-comte-de-niceLe jeudi 20 février 2006, dans le cadre des soirées "Nice, la plage, le patrimoine" organisées sur la plage du Blue Beach, face à la Baie des Anges, un jeune chercheur d'origine niçoise, Pierre-Olivier Chaumet, donnait une conférence sur un sujet mal connu : Louis XIV, comte de Nice. Après sa brillante intervention, dont nous rendons compte par ailleurs, Pierre-Olivier Chaumet a accepté de répondre aux questions de comte-de-nice.org. Nous reproduisons cette interview ci-dessous.

comte-de-nice.org : Pourquoi avoir répondu favorablement à l’invitation de la Fédération des Associations du Comté de Nice ?

Pierre-Olivier Chaumet : Travaillant désormais à l’Université de Paris VIII, c’est toujours avec grand plaisir que je reviens ici, où toute ma famille réside encore. J’ai également été très intéressé par l’initiative de la Fédération, qui entend promouvoir l’histoire de Nice par l’organisation de ces cycles de conférences*. Durant cette soirée, l’auditoire s’est montré particulièrement attentif et curieux de cette épisode historique : « Louis XIV, Comte de Nice ». Si bien évidemment, beaucoup de Niçois ont répondu à l’invitation de la fédération, des touristes, parisiens dans leur majorité, étaient également présents.

P.O. Chaumet

cdn.org : Nous commémorons aujourd’hui les 300 ans du démantèlement du château. Pourquoi cette destruction est-elle ordonnée par Louis XIV ?

P.O.C. : Sous la seconde occupation (1705-1713), il faut dix longs mois à l’armée française pour soumettre le château. Par simple souci stratégique, il apparaît raisonnable à Louis XIV de démanteler cette place-forte pour ne plus connaître les mêmes mésaventures. Si le fort de Saint-Hospice subit le même sort que le château, les places de Villefranche et de Mont-Alban sont maintenues, car jugées indispensables pour tenir à distance les flottes ennemies.

cdn.org : Qu’en est-il de l’impact du démantèlement du château sur l’esprit des Niçois ?

P.O.C. : C’est très difficile à apprécier. A la lecture des archives militaires de Vincennes, les Niçois semblent plus attachés à la défense des fortifications qu’au château lui-même. La crainte de devenir une ville ouverte, suite à la destruction des remparts de la cité, est confirmée par la correspondance des consuls de la ville. En fait, le château est source pour les Niçois de sièges longs et meurtriers : 3 en l’espace de 15 ans. On peut alors comprendre leur peu d’empressement à défendre le château, par rapport aux remparts de la cité. Du côté français, seul Vauban, ingénieur du Roi, déplore la destruction de la citadelle. Selon lui, cette dernière avait l’avantage de représenter un solide verrou contre les invasions étrangères.

cdn.org : Louis XIV a-t-il réellement souhaité devenir maître du Comté de Nice ?

louis_xiv.jpgP.O.C. : Dans l’esprit des Niçois, Louis XIV ne marque l’histoire du Comté qu’avec le démantèlement du château. Or pendant 15 ans, soit un tiers de son règne, le Roi de France s’est pourtant rendu maître de la province, se faisant même octroyer la titulature de « Comte de Nice » par le Sénat. Par deux fois, sous la guerre de la ligue d’Augsbourg (1691-1696), et sous la guerre de succession d’Espagne (1705-1713), le « Roi-Soleil » s’est bien retrouvé à administrer le Comté de Nice sous la forme d’un pays conquis. Il s’agit d’un régime institutionnel particulier, applicable à toutes les provinces de la façade-est du royaume (Franche-Comté, flandre wallonne, Alsace etc.). Ces nouvelles provinces ne subissent pas l’absolutisme du souverain français. Quelle que soit sa volonté d’assimilation, le Roi de France doit obligatoirement composer avec les particularismes locaux pour éviter les troubles populaires et réaliser l’unité du royaume. Depuis la séparation officielle d’avec la Provence en 1388, le Comté de Nice n’a jamais subi une quelconque influence française. Par conséquent, cette tentative royale d’administrer le Comté de Nice est un premier essai institutionnel, qui sera renouvelé à la Révolution (1793), pour se voir définitivement entériné sous le second Empire (1860).            

cdn.org : Pourquoi le Comté de Nice revient-il finalement à la Maison de Savoie ?

P.O.C. : A la fin de la guerre de succession d’Espagne, l’influence française en Europe va déclinant. La France n’a plus les moyens humains et financiers pour se faire reconnaître l’annexion du Comté de Nice par le concert des nations européennes. Dans un dernier sursaut, Louis XIV réussira néanmoins à « arracher » la vallée de Barcelonette, désormais rattachée à la Provence voisine. Louis XIV meurt peu de temps après les conclusions des traités d’Utrecht et de Rastatt, attribuant à la France des frontières qui perdureront jusqu’à la Révolution et pour le Comté de Nice jusqu ‘en 1792 avec l’arrivée du Général d’Anselme.